27.07.2009
Parité économique : pour Nadine Morano, les quotas sont un "mal nécessaire"
Dans un rapport remis le 8 juillet au ministre des relations sociales, Xavier Darcos, Brigitte Grésy, inspectrice générale des affaires sociales, propose que la loi impose, d'ici à six ans, un quota de 40 % de femmes dans les conseils d'administration des entreprises publiques et des sociétés cotées en Bourse. Ce document est le rapport préparatoire de la concertation sur l'égalité professionnelle qui interviendra à l'automne. Pour Nadine Morano, la secrétaire d'Etat à la famille et à la solidarité, "il faudra bien passer" par les quotas.
Etes-vous favorable à l'instauration d'un quota de femmes dans les conseils d'administration ?
Par nature, les quotas m'ont toujours choquée, mais ils constituent un mal nécessaire. Il ne faut évidemment pas préjuger des consultations qui seront engagées à l'automne par Xavier Darcos, mais je pense sincèrement qu'il faudra en passer par là. Aujourd'hui, il y a moins de 10 % de femmes dans les conseils d'administrations des entreprises du CAC 40. Il faut donc être plus volontariste ! Il est toujours difficile, on l'a vu lors de l'instauration de la parité politique, de dire à un sortant qu'il doit quitter une instance parce qu'on a décidé d'y imposer une femme, mais les choses doivent bouger.
Ce système s'inspire de la parité politique inscrite dans la Constitution en 1999. Quel bilan en tirez-vous ?
En France, nous sommes encore loin de la parité : l'Assemblée nationale ne compte que 18,5 % de femmes, le Sénat 21,8 % ! Mais la loi sur la parité a permis de transformer les collectivités locales comme les conseils régionaux ou les communes de plus de 3 500 habitants, grâce à une alternance obligatoire homme-femme dans les scrutins de listes. Conseillère régionale de Lorraine depuis 2004, j'apprécie le fonctionnement de cette assemblée qui est à l'image de la population : l'atmosphère y est plus apaisée et l'ambiance studieuse et cordiale.
Que répondez-vous à ceux qui disent qu'ils ont du mal à trouver des femmes ?
Qui peut dire que le vivier n'existe pas ? Les filles ont de meilleurs résultats scolaires que les garçons et réussissent mieux leurs études supérieures qu'eux... A la fin des années 1990, lorsque l'on a imposé la parité politique, on disait aussi que les partis auraient du mal à trouver des femmes, et ils en ont trouvé ! Les femmes s'intéressent à la politique, tout comme à leur carrière professionnelle, mais aller à l'Assemblée nationale trois jours par semaine, assister à des séances de nuit et avoir des enfants, c'est très compliqué. Il faut la compréhension de son conjoint et le partage des responsabilités des enfants.
Nous devons donc donner aux femmes les moyens de concilier vie familiale et vie professionnelle, voire vie politique : c'est la condition même d'une égalité concrète hommes femmes.
Comment expliquer qu'en l'absence de contrainte, la féminisation des instances de décisions soit si lente ?
Le principe des quotas, qu'il concerne les conseils d'administration ou les assemblées politiques, ne saurait suffire : c'est la place de la femme dans la société qu'il convient de faire évoluer, que ce soit à l'intérieur du couple et de la famille, bien sûr, mais aussi dans la vie professionnelle ou sociale. Des dispositifs existent qui permettent de transformer les mentalités : 46 entreprises comprenant 800 000 salariés se sont engagées à travers un label Egalité, et la Charte de la parentalité a été signée par 120 entreprises qui s'engagent à une meilleure conciliation vie familiale vie professionnelle, pour près d'un million de salariés.
Le gouvernement s'est engagé dans un grand plan de développement des modes de garde très diversifiés pour encourager notre natalité. C'est près de 1,3 milliard d'euros qui y sera consacré. Car si la France est championne d'Europe de la natalité, il faut pour cela deux conditions : un taux élevé d'activité des femmes - il dépasse 82 % chez les 25-49 ans - et des modes de garde développés. Si ces deux conditions ne sont pas réunies, le taux de natalité est faible, comme c'est le cas en Allemagne ou en Italie, où les femmes sont obligées de choisir entre travail et maternité.
Nicolas Sarkozy a annoncé en février une réforme du congé parental. Où en est-on ?
Le Haut Conseil à la famille est saisi, il devra faire des propositions au gouvernement. L'enjeu est important : sur les 580 000 parents qui prennent un congé parental, seulement 1 % sont des hommes et près d'un parent sur deux déclare avoir pris un congé parental faute d'avoir trouvé un mode de garde adapté. Je souhaite que les parents disposent d'une véritable liberté de choix et qu'il y ait également un vrai partage des rôles. Il faut aider les femmes en congé parental à revenir plus facilement à l'emploi : on constate que ce congé se révèle trop souvent une trappe à chômage ou un frein à la carrière des femmes, ce qui est injuste.
Dans les pays scandinaves, une partie du congé est perdue si le père ne le prend pas : c'est une piste qui mérite d'être étudiée. Il faut que l'éducation des enfants et les tâches ménagères soient mieux partagées entre les hommes et les femmes. L'égalité doit commencer dès l'enfance par l'éducation : c'est aux mères à préparer les hommes de demain.
Article paru dans l'édition du 17.07.09.dans le journal Le Monde
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25.07.2009
L'idée d'un quota de femme à la tête des entreprises progresse
Faut-il imposer des quotas de femmes dans les conseils d'administration des entreprises ? C'est ce que propose Brigitte Grésy, inspectrice générale des affaires sociales, dans un rapport sur l'égalité professionnelle qu'elle devait remettre, mercredi 8 juillet, au ministre du travail, Xavier Darcos. "Faire entrer les femmes dans les instances de décision se justifie simplement parce qu'elles sont présentes, bien formées, prêtes à s'investir et que les compétences n'ont pas de sexe", souligne-t-elle.
En mars, le gouvernement lui avait demandé de préparer la concertation sur l'égalité professionnelle que Nicolas Sarkozy a promise pour l'automne. Pour briser le "plafond de verre" qui empêche les femmes d'accéder aux responsabilités, elle propose d'imposer 40% de femmes dans les conseils d'administration et de surveillance des entreprises publiques et des sociétés cotées en Bourse. Il faut, écrit-elle, "casser une logique de recrutement quasi exclusivement masculine, qui ne varie pas au cours du temps".
Actuellement, les femmes sont sous-représentées dans les instances dirigeantes des entreprises: en 2009, les conseils d'administration du CAC 40 comptaient seulement 10,5% de femmes. Lorsque l'on prend en compte les 500 premières sociétés françaises, la part des femmes tombe à 8%: 60% de ces entreprises sont dirigées par un conseil d'administration exclusivement masculin. Il y a actuellement une "invisibilité des femmes dans les instances de décision", conclut le rapport.
Brigitte Grésy propose donc de s'inspirer du modèle norvégien. Dénonçant l'existence d'un "club d'hommes" à la tête des entreprises norvégiennes, le gouvernement a imposé des quotas dans les conseils d'administration: les entreprises publiques (en 2004) et les sociétés cotées (en 2006) ont été priées d'accueillir 40% de femmes dans leurs instances dirigeantes. Les résultats ont été atteints sans difficultés: les pouvoirs publics n'ont même pas eu besoin d'utiliser la dissolution, la lourde sanction prévue par la loi.
Pour Brigitte Grésy, il est temps d'appliquer ce système à la France. "Les entretiens menés par la mission ont permis de constater une évolution sensible de l'opinion des responsables, y compris dans les milieux patronaux, souligne-t-elle. Le conseil d'administration de l'Institut français des administrateurs a ainsi voté en mars 2009 une résolution favorable à l'instauration d'actions positives par le législateur." Les quotas seraient d'autant plus opportuns, selon elle, que la féminisation des instances dirigeantes stagne depuis plusieurs années.
D'ici à six ans, Brigitte Grésy propose donc d'imposer 40% de femmes dans les conseils d'administration et de surveillance des entreprises publiques et des sociétés dont les titres financiers sont admis aux négociations sur un marché réglementé. Seules les sociétés comptant plus de 1000 salariés seraient concernées, ce qui représenterait environ 700 entreprises. Pour qu'elles commencent dès aujourd'hui à recruter des femmes, une première échéance, à deux ans, leur imposerait 20% de femmes. En cas de non-respect de ces obligations, les nominations faites au mépris de la mixité seraient annulées.
Cette proposition s'inspire du modèle de la parité politique inscrit dans la Constitution en 1999: depuis lors, la loi oblige les partis, lors de certains scrutins, à prévoir une alternance hommes-femmes sur les listes de candidats. Pendant une petite décennie, cette contrainte a été réservée au seul monde politique mais la réforme constitutionnelle de l'été 2008 a autorisé le législateur à l'imposer à la sphère économique: "La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités professionnelles et sociales", note désormais la Constitution.
La proposition de Brigitte Grésy sera sûrement soutenue par la rapporteure de l'Observatoire de la parité: en mars, la députée (UMP) Marie-Jo Zimmermann, qui est à l'origine de la réforme constitutionnelle sur la parité économique et sociale, avait déposé une proposition de loi allant dans le même sens. Le Medef, en revanche, sera sans doute partagé, même si sa présidente, Laurence Parisot, s'est déjà déclarée favorable à l'instauration de quotas.
Pour Tita Zeitoun, commissaire aux comptes et présidente d'Action de femmes, une association fondée en 1997 afin de féminiser les conseils d'administration, la proposition de Brigitte Grésy est une bonne nouvelle. "L'objectif de 40% peut servir de marchepied à beaucoup de femmes, estime-t-elle. Il y a un vivier de dirigeantes qui ont les compétences nécessaires, mais les hommes étaient là avant elles et ils ne veulent pas céder leur place. Il est pourtant dommage de se priver de 50% des talents humains!".
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23.07.2009
La minijupe fête ses 45 ans dans la sérénité
La minijupe fête ses 45 ans. Si elle fit scandale à ses débuts, elle a su s’imposer et survivre aux aléas du temps et de la mode.Décriée, huée, parfois illégale, provocatrice, étendard du féminisme et objet de fantasme masculin, la minijupe fêtera bientôt son 45e anniversaire. Elle continue d’habiller les femmes et de révéler leurs jambes.
On doit sa naissance à la jeune couturière anglaise Mary Quant. Elle porta la première « mini skirt » au début des années 60, ainsi baptisée en référence à sa voiture préférée. Si Suzanne Lenglen, joueuse de tennis, affichait déjà une jupe au-dessus du genou pendant les Jeux olympiques d’été de 1920 et si les années 1950 ont vu la jupe se raccourcir, la règle de 10 cm sous les fesses reste une révolution. Inaugurée par l’entourage de Mary Quant, la minijupe séduit peu à peu des célébrités, à l’instar du mannequin Twiggy. L’Hexagone la découvre dans la collection printemps-été 1965 du célèbre couturier André Courrèges qui avait lancé sa propre maison quatre ans plus tôt. Elle est aussitôt adoptée par les stars de l’époque : Françoise Hardy, Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, vite imitées par une grande partie des jeunes Françaises. En 1966, 200.000 minijupes ont déjà été vendues en France.
La grande controverse
Malheureusement, quand les genoux prennent l’air, cela suscite quelques colères. Les parents y voient provocation et indécence. Les adolescentes y trouvent une forme de liberté et d’affirmation de leur féminité. Divers scandales opposent pro et anti-mini. Noëlle Noblecourt, présentatrice de l’émission Télé Dimanche sur l’ORTF, en fait les frais dès 1964. Elle est licenciée pour avoir découvert ses genoux sur le petit écran. En 1967, à la suite de 18 arrestations pour agression, le préfet de police de Paris s’adresse aux jeunes femmes : « Ne tentez pas le diable par votre tenue vestimentaire. » Cinq ans plus tard, sœur Fiorella, chargée de refouler les minijupes à l’entrée de la basilique Saint-Pierre de Rome fait une dépression nerveuse. Elle reconduisait chaque jour plus de 2.000 touristes.
La minijupe s’inscrit dans le mouvement féministe entamé dès la fin des années 60. Reléguée au second plan par les jupes hippies des seventies, elle fait un grand retour, portée par des personnalités en vue dans les années 80 : le top-modèle Cindy Crawford ou la chanteuse Stéphanie de Monaco. Aujourd’hui elle a sa place dans toutes les garde-robes mais a perdu sa dimension symbolique et revendicatrice.
“C’est la fonction qui fait le vêtement”
Coqueline Courrèges, directrice de la maison de couture Courrèges, épouse de son fondateur André Courrèges, revient pour France-Soir sur les origines de la minijupe.
« Qu’est-ce qu’un futur grand couturier ? En 1952 c’est un homme marié dont la femme porte talons hauts, jupe longue et serrée, une constante représentation qui ne peut pas faire grand-chose de son corps. Dans les années 1960 la femme a changé, elle est une mère de famille qui travaille, conduit une voiture et voyage en avion. La véritable révolution vient de l’ensemble pantalon qui apparaît en 1962, épouse pour la première fois la morphologie des jambes et ne gêne pas la pliure du genou. En un sens c’est de la tunique-pantalon que vient la minijupe. Et elle-même est née de la disparition des corsets et des soutiens-gorge. Le raccourcissement vient donc par les épaules… Car à la tunique succèdent les robes trapèze, à bretelles ou manches courtes. L’arrivée des collants permet de libérer encore les jambes et de passer au-dessus du genou sans peur de laisser voir porte-jarretelles ou petite culotte.
C’est parce que Courrèges a compris que l’esthétique ne peut être distinguée de la dimension pratique du vêtement qu’il a créé des ensembles pantalon et des minijupes. Et c’est précisément de là que vient son succès. La plupart des autres couturiers ne raisonnaient pas alors en termes de fonctionnalité. Il faut remettre la couture dans un contexte plus général pour en comprendre les évolutions. Chaque vêtement est lié à une fonction, une culture, un pays, un âge ; une femme vivante en somme. »
Source FranceSoir
©Mathilde Froment et Lucie Oriol, le jeudi 23 juillet 2009 à 04:00
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